Ça y est je suis guérie du syndrome du « doute géographique » !
Je ne sais même pas si cette névrose existe, en tout cas, chez moi ça revenait cycliquement, surtout avant les grand pas décisifs !
Jusqu’à la dernière minute de l’inscription de notre fille à l’école Steiner de Colmar, nous avons douté ensemble sur notre point d’ancrage. Tu vas peut être rire en me lisant, mais cette inscription à l’école n’a été finalisée que la veille de la rentrée, pour te dire à quel point nous repoussions cet engagement qui nous fixait quelque part. 
Ce n’est pas tant d’avoir déménagé autant en 10 ans, (chaque mouvement a été une aventure super) mais c’est ce sentiment de « chercher son chez-soi », et d’avoir la sensation « de ne pas y être vraiment» qui était vraiment symptomatique.

Après avoir écumé les pages du bon coin dans la possibilité d’un « ailleurs meilleur », projeté à outrance différentes vies et lieux disponibles, jusqu’à en avoir le tournis, et comme jamais auparavant, j’ai enfin compris ce que mon inconscient voulait me dire. 
Quel pas j’avais à franchir pour évoluer.
Ça n’a pas été sans une épreuve assez inconfortable, celle d’avoir cru faire un malaise cardiaque. 
Comment je me suis mise dans cette situation a été assez incroyable!

J’avais une douleur bizarre dans le bras gauche depuis quelques temps et je suis finalement allée consulter un docteur. Celle ci ne pouvant faire de diagnostic assez rapide m’envoya faire d’autres examens et me prescrit un anti inflammatoire en attendant.

Je ne suis pas fan des médicaments allopathiques, pour moi c’est toujours un peu comme dire « ta gueule » à ton corps qui t’envoie un message. Donc je n’ai pas pris son truc jusqu’au lendemain où j’avais encore plus mal, et là je me suis dit « ok, pour une fois, arrête de faire la dure à cuire, suis ta prescription, et la doctoresse avait l’air sympa, prends donc le médicament au lieu de rejeter d’un côté la médecine et d’y aller quand même ! » 
J’aime bien me débrouiller avec l’énergie, mais je n’aime pas être extrémiste, alors de temps en temps je fais des incursions à mes habitudes, juste pour aimer en sortir. Et hop, mardi aprem j’avale le comprimé sans réfléchir. Pour moi, ça doit être juste comme du paracétamol, ou de l’ibuprofène, pas méchant quoi !

Trois heures plus tard, je commence à me sentir bizarre. En plus de la douleur dans le bras gauche qui irradie maintenant jusqu’à la main, j’ai l’impression qu’on m’appuie sur le torse. Habituée aux sensations bizarres de toutes sortes, entre le chamanisme, les sorties de corps, la prise de drogues dans ma jeunesse, et la somatisation instantanée de tout ce qui me traverse depuis toujours, je ne me suis pas inquiétée jusqu’au soir. 
Vers 20h je commençais à avoir du mal à respirer. L’oppression devenais de plus en plus forte, au milieu de la poitrine, et la gêne à gauche sourde et insupportable. J’avais la mâchoire engourdie, une grosse fatigue et un essoufflement inhabituel.

Les enfants étaient couchés et on venait juste de commencer un documentaire sur la « drôle de guerre » sur Arte. En allant voir docteur google j’ai vu que tous mes symptômes pouvaient exprimer un malaise cardiaque, ou pulmonaire. 
J’ai donc appelé le samu pour leur raconter le truc. Ils m’ont tout de suite envoyé une ambulance. 20 mn après les infirmiers m’ont cherchée et m’ont installée dans leur camion prendre la tension, écouter le rythme cardiaque. Sans alarme ni sirène, ils m’ont emmenée à l’hôpital faire des examens complémentaires. 
Aux urgences le docteur est venu et n’a pas eu l’air alarmé après m’avoir auscultée. Ça m’a rassurée. Il a demandé prise de sang et radio des poumons. 
Pendant ces 3h d’attentes de résultats je suis passée par plein d’états émotionnels variés. L’angoisse d’avoir un souci de santé, la culpabilité d’avoir créé ce moment bizarre la veille de la rentrée, la crainte de ne pas pouvoir rentrer chez moi à temps avant que les enfants se réveillent. Et aussi, ce qui m’embêtait, c’était de rentrer dans le processus de l’hôpital. De devoir suivre leur protocole. De ne pas avoir de prise là dessus. 
« Mais dans quels draps me suis-je fourrée ?! »
Moi qui me faisait une joie d’emmener Abigaël à l’école demain matin, qu’est-ce que je fous ici à faire des radios du poumon en pleine nuit ?? »
Tout ça me semblait surréaliste, exagéré. Mais ces douleurs étaient bien réelles, complètement inhabituelles, et assez flippantes.

Mon imagination s’emballait, projetant toutes sortes de scénarios possibles. Reliant des choses du passé, des synchronicités, des prémonitions. 

J’ai pensé aussi à ma mort. Et si je partais maintenant, ce serait ok ? Non. Et quand j’ai lâché le non, et que j’ai reniflé la pulsion de mort humaine, alors un immense appétit de vie est apparu. Un désir d’être en vie, de rentrer chez moi et d’apprécier chaque moment du quotidien comme un trésor à chérir.
Le matin déjà de cette journée les fleurs de septembre étaient magnifiques, l’air frais de la rentrée, l’ambiance de l’Alsace, me semblaient plus merveilleuses que jamais…
Mais pourquoi j’avais eu ce besoin d’aller à l’hôpital ?!

A 3h du matin, je reçut mes résultats. Tout était normal. Je rentrais en Taxi et me glissais dans le lit à côté de Florent qui m’attendais, soulagé. 4H plus tard j’accompagnais Abigaël à l’école, pleine de joie. 

Ce n’est que l’après-midi qu’en passant par la cuisine je lis la notice de l’anti-inflammatoire pris la veille machinalement. Et là je découvre que tous les effets que j’ai eus étaient dûs à ce médicament. Loin d’être un simple ibuprofène, il s’agissait du médicament générique du Voltarène, le « diclofénac » un produit dangereux repéré comme augmentant de 50% les risques d’infarctus (chez les gens hors traitement de fond), d’AVC et d’embolie pulmonaire. Un médicament presque retiré du marché tant il avait causé en effets secondaires des accidents cardio-vasculaires. 
Punaise, si j’avais lu la notice avant, jamais je n’aurai pris cette merde, tant l’avertissement était grand, écrit en gros ! Et la doctoresse ne m’a pas prévenue non plus !

J’ai halluciné. En parlant avec Florent, il me dit que lui aussi il y a 10 ans il avait pris ce médicament suite à un lumbago ; il avait fait un very bad trip et il avait cru mourir ! La seule fois de sa vie qu’il avait prit un anti inflammatoire ! 

J’ai compris le soir ce que cet épisode m’avait apporté.
Il est venu couronner une période de doute géographique pour me dire que cet « ailleurs » que je cherchais n’existait pas, en dehors de la mort. 
Ma « véritable » maison existe, mais ce n’est pas ici bas !

J’ai reçu la réponse parfaite à mon questionnement :
Chez moi c’est ici et maintenant !!