Quand tu annonces à ta mère la date de ta prochaine expo…et que tu découvres, en l’espace de quelques sms, qu’elle n’aime qu’une toute petite partie de ton travail. Mais pas n’importe laquelle : Celle qui est le plus facilement vendable à ses yeux. 
Ce point de vue a toujours été décourageant pour moi, d’entendre que je devrais plus faire comme ci ou comme ça. Pas pour améliorer la qualité de mon travail, mais dans le but de plaire davantage et être plus achetée. 

Derrière ça il y a la mère qui souhaite la réussite de ses enfants bien sûr mais qui le souhaite tellement que ça en devient étouffant.
Parce que derrière ça il y a encore autre chose. Ma « valorisation » c’est aussi Sa valorisation… 
La fierté d’avoir une fille qui « marche » aux yeux de ses amies. 
Elle aimerait que je fasse du joli, du commercial, que je sache ce qui plaît au public et que je m’y adapte. 
Hélas pour elle, cela ne m’intéresse pas de créer comme ça.
Ce qui m’intéresse c’est de découvrir et de me découvrir. D’explorer l’inconnu, l’inconscient quitte à y voir des bestioles bizarres et peu « glamour »
Les routes toutes tracées ne m’ont jamais attirée. 
Et rien n’est jamais garanti dans la vente des œuvres. Si tu fais une série dans le but de vendre et que tu vends pas tu t’es prostitué pour rien !
Si tu kiffes d’abord ce n’est jamais perdu !

Quand je commence une œuvre et que je suis en face d’une feuille blanche, j’ai un immense respect pour cette neige immaculée que je vais fouler. Ce n’est pas pour y fourrer la dernière tendance à la mode, mais c’est pour y refléter une partie de moi que je ne connais pas encore. 
Cette liberté ne peut avoir lieu nulle part ailleurs pour moi ici bas. 
Alors quand j’entends ça, que ce que je crée fait peur aux gens, et que c’est pour ça que ça ne marche pas, mon sang se fige. 

Pour l’instant mon grand bonheur c’est que j’ai réussi à vendre suffisamment de mes tripes, (et pas d’une quelconque prostitution) pour continuer à louer l’espace qui me sert de galerie. L’avenir est incertain, mais en mettant un pied devant l’autre, pour l’instant l’univers me soutient…😉
Alors j’ai envie de citer Olivier Clerc, le traducteur des accords Tolteques, qui disait : « ce que vos parents n’aiment pas de vous, en général ça vous donne une indication: c’est vers là qu’il faut aller… »